Uriah Heep : que veut dire ce nom et qui est ce groupe britannique de hard rock ?

Uriah Heep : que veut dire ce nom et qui est ce groupe britannique de hard rock ?

Uriah Heep évoque d’abord un nom étrange, presque imprononçable pour un public français. Derrière ces deux mots se cachent pourtant un personnage de roman anglais et l’un des groupes les plus endurants du rock britannique. Voici ce que signifie ce nom, d’où vient le groupe et pourquoi il compte encore pour les amateurs de rock progressif.

Uriah Heep est un personnage de Charles Dickens : le clerc hypocrite et faussement humble du roman David Copperfield (1850). C’est aussi le nom d’un groupe britannique de hard rock né à Londres, qui l’adopte fin 1969 après avoir joué sous les noms The Stalkers puis Spice. Emmené par le guitariste Mick Box, seul membre présent depuis l’origine, Uriah Heep revendique plus de 40 millions d’albums vendus et a lancé en 2025 sa tournée d’adieu.

Que veut dire Uriah Heep : le personnage de Dickens derrière le nom

Dans David Copperfield, Uriah Heep est l’un des antagonistes les plus marquants de toute l’œuvre de Dickens. Employé d’un homme de loi, il se présente sans cesse comme quelqu’un de très modeste, répétant à qui veut l’entendre qu’il est « umble », c’est-à-dire humble avec l’accent populaire qui avale le h. Sous cette posture servile se cache un manipulateur ambitieux, qui escroque son patron et cherche à s’élever socialement par la ruse.

Le personnage est devenu si célèbre outre-Manche que son nom s’emploie encore en anglais pour désigner un flatteur obséquieux, une personne mielleuse dont l’humilité affichée masque des intentions intéressées. Le mot n’a donc rien de flatteur, ce qui rend le choix du groupe d’autant plus savoureux.

Pourquoi ce nom ? Le récit le plus souvent rapporté veut qu’il ait été proposé à la fin de 1969 par l’entourage du manager et producteur Gerry Bron, au moment où l’Angleterre préparait le centenaire de la mort de Dickens, disparu en 1870. Les musiciens ont d’ailleurs assumé le clin d’œil jusqu’au bout : leur premier album s’intitule …Very ‘eavy …Very ‘umble, une reprise directe du tic de langage du personnage.

Côté prononciation, les anglophones disent à peu près « you-RAÏ-a HIIP ». En France, beaucoup prononcent « Uria Èp », ce qui reste compris de tous les fans.

Des Stalkers à Uriah Heep : la naissance d’un groupe londonien

L’histoire commence en 1967 dans la banlieue de Londres. Le guitariste Mick Box joue alors dans The Stalkers, une formation locale où chante David Byron. Les deux hommes fondent ensuite Spice, qui tourne dans les clubs et cherche un son plus lourd. L’arrivée du claviériste Ken Hensley, venu de The Gods puis de Toe Fat, change tout : son orgue Hammond devient l’une des signatures du groupe, et ses compositions vont nourrir l’essentiel du répertoire des années 1970.

Fin 1969, Spice devient Uriah Heep. Le premier disque sort en 1970 sous le titre …Very ‘eavy …Very ‘umble en Europe, simplement baptisé Uriah Heep aux États-Unis. La presse anglo-saxonne se montre féroce : une critique du magazine Rolling Stone, restée célèbre, promettait de mettre fin à ses jours si ce groupe parvenait à percer. L’histoire lui a donné tort, puisque Uriah Heep a enchaîné les succès pendant toute la décennie et tourne encore plus de cinquante ans plus tard.

Les premières années sont marquées par une instabilité à la batterie, avant que Lee Kerslake ne s’installe durablement derrière les fûts en 1971. Avec Gary Thain à la basse à partir de 1972, le groupe trouve sa formation la plus emblématique.

Uriah Heep, entre hard rock et rock progressif

On range souvent Uriah Heep aux côtés de Deep Purple et de Black Sabbath parmi les pionniers britanniques du rock lourd. La comparaison tient sur le volume sonore, les riffs de guitare et l’énergie scénique. Elle masque toutefois ce qui rend le groupe singulier : des harmonies vocales très travaillées, presque chorales, et une ambition de composition qui le rapproche du rock progressif.

Là où Black Sabbath creuse une veine sombre et pesante, Uriah Heep cultive un univers plus mélodique, parfois fantastique, avec des morceaux longs, des changements de tempo et des arrangements ambitieux. Les pochettes signées Roger Dean pour Demons and Wizards et The Magician’s Birthday, le même illustrateur que Yes, renforcent cette parenté avec la scène progressive.

Plusieurs éléments résument ce mélange :

  • l’orgue Hammond de Ken Hensley, aussi présent que la guitare de Mick Box, avec sa pédale wah-wah reconnaissable ;
  • la voix haut perchée de David Byron, capable de passer du murmure à des envolées puissantes ;
  • des chœurs à plusieurs voix, rares à l’époque dans le hard rock ;
  • des suites longues comme « Salisbury », qui dépasse les seize minutes avec un orchestre de cuivres et de bois.

Pour les amateurs de Focus, la comparaison est parlante : les deux formations appartiennent à cette génération du début des années 1970 qui refusait de choisir entre puissance rock et écriture élaborée, même si le groupe néerlandais penchait davantage vers l’instrumental et le jazz.

Le lien avec Black Sabbath passe aussi par les musiciens. Lee Kerslake, batteur historique du groupe, a enregistré les deux premiers albums solo d’Ozzy Osbourne, Blizzard of Ozz (1980) et Diary of a Madman (1981), aux côtés du bassiste Bob Daisley. Ce dernier rejoindra d’ailleurs Uriah Heep pour Abominog (1982) et Head First (1983).

Les albums incontournables d’Uriah Heep dans les années 1970

La période dorée s’étend de 1970 à 1976. Le rythme de production est impressionnant, avec parfois deux albums studio la même année. Voici les disques à écouter en priorité pour comprendre le groupe.

Année Album Ce qu’il faut retenir
1970 …Very ‘eavy …Very ‘umble Premier album, avec « Gypsy », morceau fondateur du son du groupe
1971 Salisbury Le plus progressif : suite orchestrale de seize minutes et la ballade « Lady in Black »
1971 Look at Yourself Contient « July Morning », avec Manfred Mann au synthétiseur Moog
1972 Demons and Wizards Le classique absolu, porté par « Easy Livin' » et « The Wizard »
1972 The Magician’s Birthday Univers fantastique assumé, avec « Sunrise » et « Sweet Lorraine »
1973 Uriah Heep Live Double live enregistré à Birmingham, témoin de leur force sur scène
1973 Sweet Freedom Un son plus direct, avec « Stealin' »
1975 Return to Fantasy Arrivée de John Wetton (ex-King Crimson) à la basse

Si vous ne deviez en garder qu’un, Demons and Wizards reste la porte d’entrée idéale : il condense l’efficacité des riffs, la richesse des claviers et cette dimension épique qui a forgé la réputation du groupe. Les curieux de rock progressif iront plutôt vers Salisbury, plus audacieux dans sa construction.

Mick Box et les line-up successifs du groupe Uriah Heep

Peu de formations ont connu autant de changements de personnel. Plus de vingt musiciens sont passés par Uriah Heep, et Mick Box est le seul à avoir participé à toute l’aventure, du premier concert à la tournée d’adieu. C’est lui qui a maintenu le nom en vie dans les périodes les plus difficiles.

Le milieu des années 1970 marque une série de coups durs. Gary Thain quitte le groupe en 1975 et meurt quelques mois plus tard. David Byron, dont les excès compliquent le travail collectif, est remercié en 1976 ; il disparaîtra en 1985. John Lawton prend alors le micro pour Firefly (1977), avec Trevor Bolder, ancien bassiste de David Bowie, qui deviendra un pilier du groupe jusqu’à son décès en 2013. Ken Hensley s’en va en 1980, laissant Mick Box face à une formation à reconstruire.

Les années 1980 voient défiler plusieurs chanteurs, dont Peter Goalby sur Abominog, salué par la presse comme un vrai retour en forme. La stabilité revient en 1986 avec l’arrivée du chanteur canadien Bernie Shaw et du claviériste Phil Lanzon. Ce duo, toujours en place aujourd’hui, a désormais passé bien plus de temps dans le groupe que la formation des années 1970. Dave Rimmer tient la basse depuis 2013.

L’année 2020 a été particulièrement cruelle pour les fans : Lee Kerslake est mort en septembre et Ken Hensley en novembre, emportant avec eux une part de la mémoire des grandes années.

Les chansons d’Uriah Heep à connaître

Le répertoire du groupe dépasse largement quelques tubes, mais certains titres sont devenus de véritables standards du rock des années 1970 :

  • « Easy Livin' » : un single de moins de trois minutes, entré dans le classement américain en 1972, qui reste leur morceau le plus connu.
  • « July Morning » : une fresque de plus de dix minutes, devenue culte en Bulgarie, où des milliers de personnes se réunissent chaque 1er juillet sur les plages de la mer Noire pour saluer le lever du soleil en son honneur.
  • « Lady in Black » : une ballade acoustique chantée par Ken Hensley, très populaire en Allemagne.
  • « Gypsy » : le titre qui ouvre le premier album et pose les bases du style.
  • « Stealin' » et « Sunrise » : deux piliers des concerts, joués pendant des décennies.

Le phénomène bulgare illustre bien la carrière du groupe : certains pays d’Europe centrale et de l’Est, ainsi que la Russie et le Japon, lui ont voué une fidélité exceptionnelle. Uriah Heep fut d’ailleurs l’un des premiers groupes de rock occidentaux à jouer à Moscou, en 1987.

Uriah Heep aujourd’hui : derniers albums et tournée d’adieu

Contrairement à beaucoup de ses contemporains, le groupe n’a jamais cessé d’enregistrer. Après Wake the Sleeper (2008), qui a relancé sa carrière discographique, sont parus Into the Wild (2011), Outsider (2014), Living the Dream (2018) et Chaos & Colour (2023). Ce dernier porte à vingt-cinq le nombre d’albums studio, selon le décompte officiel du groupe.

En 2025, Uriah Heep a annoncé The Magician’s Farewell, une tournée d’adieu présentée comme la dernière grande série de concerts, avec des dates prévues en Europe et au-delà jusqu’en 2026. Les fans français guettent les passages dans l’Hexagone, où le groupe a toujours conservé un public fidèle. Les dates évoluant régulièrement, mieux vaut consulter les annonces officielles et les billetteries avant de planifier un concert.

Plus d’un demi-siècle après une critique assassine, ce groupe britannique a donc bâti une carrière que peu auraient prédite. Son nom, emprunté à un personnage détestable de Dickens, est devenu synonyme de longévité et de passion pour un rock à la fois lourd et mélodique.

Comment se prononce Uriah Heep ?

En anglais, on dit à peu près « you-RAÏ-a HIIP », avec l’accent tonique sur la deuxième syllabe du prénom. En France, la prononciation « Uria Èp » est très répandue et parfaitement comprise.

Uriah Heep est-il un groupe de hard rock ou de rock progressif ?

Les deux. Le groupe est classé dans le hard rock pour ses riffs et sa puissance, mais ses longues compositions, ses claviers et ses harmonies vocales le rattachent aussi au rock progressif, surtout sur Salisbury et Demons and Wizards.

Qui fait encore partie d’Uriah Heep depuis le début ?

Seul le guitariste Mick Box est présent depuis la création du groupe. Il est entouré depuis 1986 du chanteur Bernie Shaw et du claviériste Phil Lanzon, et depuis 2013 du bassiste Dave Rimmer.

Quel est le plus grand succès d’Uriah Heep ?

Easy Livin’, extrait de Demons and Wizards en 1972, est le titre le plus connu à l’international. July Morning et Lady in Black ont toutefois connu un succès considérable dans plusieurs pays européens.

Uriah Heep est-il toujours en activité ?

Oui. Le groupe a sorti Chaos & Colour en 2023, puis a annoncé en 2025 une tournée d’adieu baptisée The Magician’s Farewell, qui se poursuit en 2026.