Thijs van Leer : le flûtiste et organiste qui a fait de Focus une légende

Thijs van Leer : le flûtiste et organiste qui a fait de Focus une légende

Thijs van Leer est un musicien néerlandais né le 31 mars 1948 à Amsterdam. Claviériste, flûtiste et chanteur, il a fondé le groupe de rock progressif Focus en 1969. C’est sa voix qui yodle et siffle sur Hocus Pocus, son orgue Hammond et sa flûte qui portent Sylvia ou House of the King. En 2026, il tourne encore en Europe avec Focus, dont le dernier album studio, Focus 12, est sorti en 2024.

Il y a des musiciens que l’on reconnaît en trois notes. Thijs van Leer en fait partie : un souffle de flûte un peu rauque, un orgue qui gronde, puis ce yodel improbable qui a fait le tour du monde. Derrière le personnage fantasque de Hocus Pocus se cache pourtant un instrumentiste de formation classique, nourri de Bach autant que de jazz, et qui n’a jamais vraiment cessé de jouer depuis plus de cinquante ans. Voici son parcours, ce qui rend son style unique et les disques à écouter pour bien le comprendre.

Thijs van Leer, une enfance amstellodamoise entre flûte et piano

Thijs van Leer grandit à Amsterdam dans une famille où la musique est un langage quotidien. Son père, Hubert van Leer, est lui-même flûtiste, et le jeune Thijs apprend très tôt le piano puis la flûte traversière. Cette double compétence ne le quittera plus : toute sa carrière repose sur l’aller-retour entre le clavier et le souffle.

Sa formation est d’abord classique. Il travaille le répertoire baroque, se passionne pour Bach et pour l’écriture contrapuntique, ce qu’on entend encore aujourd’hui dans ses lignes d’orgue. Mais l’Amsterdam de la fin des années 1960 bouillonne, et le jeune musicien se tourne vite vers la scène. Il accompagne le chanteur et comédien Ramses Shaffy, figure majeure de la chanson néerlandaise, avant de monter son propre trio.

C’est ce trio qui donne naissance à Focus en 1969. Avec le bassiste Martijn Dresden et le batteur Hans Cleuver, Thijs van Leer joue d’abord dans la fosse de la version néerlandaise de la comédie musicale Hair. Le guitariste Jan Akkerman, venu de Brainbox, rejoint rapidement l’aventure, et la rencontre entre ces deux tempéraments va définir le son du groupe.

Le style de Thijs van Leer : orgue Hammond, flûte et voix sans paroles

Ce qui frappe chez lui, c’est la façon dont il mélange des univers que tout semblait opposer. Le rock progressif de l’époque emprunte volontiers à la musique savante, mais Thijs van Leer le fait avec une forme d’humour et de légèreté qui le distingue de groupes plus solennels.

  • L’orgue Hammond : il en joue de manière très percussive sur les morceaux rapides, et très lyrique sur les ballades, avec des registres qui rappellent parfois l’orgue d’église.
  • La flûte traversière : son jeu est souvent comparé à celui de Ian Anderson (Jethro Tull), mais il reste plus proche du jazz et du classique, avec un phrasé plus mélodique.
  • La voix comme instrument : yodel, sifflement, onomatopées, falsetto. Il chante rarement des textes, il utilise sa voix comme une couleur sonore supplémentaire.
  • Le goût du contraste : chez lui, un passage virtuose peut basculer en quelques mesures vers une mélodie presque pastorale.

Face à la guitare incisive de Jan Akkerman, cette palette crée une tension permanente. Les deux musiciens ne s’entendaient pas toujours, et leurs divergences ont fini par provoquer le départ du guitariste au milieu des années 1970. Mais sur disque, cette friction a produit certains des morceaux instrumentaux les plus marquants du rock européen.

Hocus Pocus, Sylvia, House of the King : les titres qui ont fait connaître Thijs van Leer

Le grand public connaît surtout Thijs van Leer à travers Hocus Pocus, paru en 1971 sur l’album Moving Waves. Le morceau alterne un riff de guitare massif et des intermèdes où le claviériste yodle, siffle, imite un accordéon avec sa voix et lance des cris improvisés. Sorti en single, il entre dans les classements britanniques et américains en 1973. Le titre n’a jamais vraiment quitté la culture populaire : on l’a entendu dans des publicités, dans des jeux vidéo et dans le film Baby Driver d’Edgar Wright en 2017.

Sylvia, issu de Focus 3, montre l’autre visage du groupe. Écrite par Thijs van Leer, cette pièce mélodique, presque chantante sans paroles, devient l’un des plus gros succès de Focus au Royaume-Uni. Elle illustre bien son talent pour les thèmes simples et immédiatement mémorisables.

House of the King, de son côté, met la flûte au premier plan. Composé par Jan Akkerman, ce court instrumental a longtemps servi de générique à la télévision britannique et reste l’un des morceaux les plus associés au son de Focus. Les fans citent aussi volontiers Eruption, longue suite de Moving Waves, ou Anonymus II, pour mesurer l’ampleur de ce que le groupe savait faire sur la durée.

Discographie : les albums de Focus et de Thijs van Leer à connaître

La discographie de Focus s’étend sur plus d’un demi-siècle, avec une longue pause au cours des années 1980 et 1990. Ce tableau rassemble les repères les plus utiles pour s’y retrouver.

Année Album Ce qu’il faut en retenir
1970 In and Out of Focus Premier disque, encore marqué par la pop et le folk. On y trouve la première version de House of the King selon les éditions.
1971 Moving Waves L’album de Hocus Pocus et de la suite Eruption. Le point d’entrée idéal.
1972 Introspection (solo) Premier volume d’une série d’albums de flûte aux arrangements orchestraux, très populaire aux Pays-Bas.
1972 Focus 3 Double album avec Sylvia et de longues improvisations.
1973 At the Rainbow Enregistrement public à Londres, témoin de l’énergie du groupe sur scène.
1974 Hamburger Concerto Le disque le plus ambitieux, avec une longue pièce d’inspiration classique.
2002 Focus 8 Retour en studio d’une formation reconstruite autour de Thijs van Leer.
2024 Focus 12 Dernier album studio en date, avec la formation actuelle.

Entre ces jalons, d’autres disques méritent l’écoute selon les goûts : Mother Focus (1975), plus funky, Focus X (2012) ou Focus 11 (2018), qui montrent un groupe resté fidèle à son vocabulaire tout en l’actualisant.

La carrière solo de Thijs van Leer et la série Introspection

On réduit souvent Thijs van Leer à Focus, alors que sa carrière en solo a été, aux Pays-Bas, au moins aussi importante sur le plan commercial. En 1972, il publie Introspection, un album où sa flûte se pose sur des arrangements orchestraux signés Rogier van Otterloo. On y entend des adaptations de pièces classiques et des compositions originales, dans une ambiance douce et contemplative.

Le succès est tel que plusieurs suites voient le jour au fil des années 1970. Cette série a beaucoup fait pour populariser la flûte traversière auprès d’un public qui n’écoutait pas forcément de musique classique. Elle explique aussi pourquoi, dans son pays, Thijs van Leer est parfois davantage associé à ces disques apaisés qu’aux envolées rock de Hocus Pocus.

Il a par ailleurs multiplié les collaborations et les projets parallèles : albums de flûte, disques d’inspiration religieuse ou baroque, participations à des enregistrements d’autres artistes néerlandais. Cette activité hors de Focus a permis à la marque du groupe de rester vivante pendant les années où il était en sommeil.

Focus aujourd’hui : Thijs van Leer toujours sur scène

Depuis le début des années 2000, Thijs van Leer est le fil rouge de Focus. Il a relancé le groupe et l’a maintenu en activité malgré les changements de musiciens. La formation actuelle réunit à ses côtés le batteur Pierre van der Linden, présent dès Moving Waves, le guitariste Menno Gootjes et le bassiste Udo Pannekeet.

Après la sortie de Focus 12 en 2024, le groupe a enchaîné les dates au Royaume-Uni, en Europe et aux États-Unis. Des concerts sont encore annoncés pour 2026 et au-delà, ce qui fait de Thijs van Leer l’un des rares fondateurs de la première génération du rock progressif à tenir toujours la scène avec son groupe d’origine.

Ceux qui l’ont vu récemment décrivent un musicien à l’humour intact, qui garde le yodel de Hocus Pocus pour la fin du concert et prend le temps de longues improvisations à l’orgue. Le répertoire mélange les classiques des années 1970 et des pièces plus récentes, sans nostalgie appuyée.

Comment découvrir la musique de Thijs van Leer

Pour quelqu’un qui ne connaît que Hocus Pocus, le plus simple est de suivre un parcours progressif :

  1. Écouter Moving Waves en entier, pour entendre le contraste entre le tube et la suite Eruption.
  2. Passer à Focus 3 et à Sylvia, pour le versant mélodique.
  3. Prendre At the Rainbow pour mesurer ce que le groupe donnait en concert.
  4. Terminer par Introspection, qui révèle le flûtiste classique derrière le rockeur.

Ce chemin permet de comprendre pourquoi Thijs van Leer occupe une place à part : il n’est ni un pur virtuose ni un simple amuseur, mais un musicien capable de passer de Bach au rock le plus nerveux sans jamais perdre sa signature.

Quel âge a Thijs van Leer ?

Né le 31 mars 1948 à Amsterdam, Thijs van Leer a fêté ses 78 ans en 2026. Il continue malgré tout de partir en tournée avec Focus.

Est-ce bien Thijs van Leer qui yodle dans Hocus Pocus ?

Oui. Les yodels, les sifflements et les cris improvisés du morceau sont de lui. Jan Akkerman, de son côté, signe le riff de guitare qui structure le titre.

Jan Akkerman fait-il encore partie de Focus ?

Non. Le guitariste a quitté le groupe au milieu des années 1970, malgré quelques retrouvailles ponctuelles par la suite. La guitare est aujourd’hui tenue par Menno Gootjes.

De quels instruments joue Thijs van Leer ?

Il joue principalement de l’orgue Hammond, du piano et de la flûte traversière. Il utilise aussi sa voix comme un instrument, avec du yodel, du sifflement et du chant sans paroles.

Quel album de Thijs van Leer écouter en premier ?

Moving Waves reste la meilleure porte d’entrée côté Focus. Pour sa carrière solo, Introspection donne une bonne idée de son jeu de flûte dans un cadre orchestral.